PEINTURES

Par son travail de peinture, Florian Vanderdonckt se place en tant qu’observateur de son environnement, de son territoire, d’un monde en évolution constante et du contexte socio-politique qu’il engendre.

Spectateur des changements et des métamorphoses qui s’opèrent autour de lui, c’est par le biais de sa relation personnelle au paysage qu’il examine, interroge et interprète le monde.

A bien des titres, sa pratique s’inscrit dans l’Histoire de la peinture.

Dans une continuité contemporaine des réflexions mises en jeu par les grands maitres de la peinture de paysage, il s’applique à peindre et dépeindre la réalité des espaces dont il fait la rencontre.

Cette vision, qui lui est propre, de paysages en lien étroit avec la condition des hommes, met en avant de nouveaux modèles de paysages.

Déjouant et jouant des connotations inhérentes à certains genres de lieux, c’est en déchiffrant des paysages dont la typologie n’est pas anodine, que les peintures de Florian Vanderdonckt nous permettent de déchiffrer la société.

Au delà d’une esthétique certaine, en dressant picturalement un état des lieux des espaces auquels il est attaché, il met en évidence un état social.

 

 Observation, analyse et retranscription des paysages

Les espaces représentés par Florian Vanderdonckt sont des superficies bâties rencontrées au grè de déambulations. Force est de constater que son intérêt se porte sur des lieux singuliers bien éloignés de la typologie de paysages promus en modèles usuellement.

En examinant son environnement, il s’attache à montrer leur aspect éphémère. Observateur objectif d’une ville changeante, il ne se satisfait pas de mettre en avant les édifices remarquables. Au contraire, il fixe et fige généralement dans sa peinture des endroits occultés, en voix de disparition ou de modification.

Par le biais de son inteprétation de paysages, Florian Vanderdonckt nous signale la présence matérielle de sites auxquels il s’intéresse et leur esthétique que nous n’aurions pas pris le temps d’apprécier.

Cette analyse réalisée avec un souci d’exactitude nous offre alors l’opportunité de contempler dans le contexte rassurant du white-cube, les surfaces territoriales longées et ignorées.

Ces espaces dont l’emplacement engendre une accéssibilité compliquée, des garages et parkings que nous nous serions contentés de traverser rapidement sans les regarder tant ils sont connotés dans l’imaginaire commun comme des lieux angoissants, propices aux guets-apens tel qu’on nous les présente dans le domaine cinématographique.

Des chantiers de démolition que nous côtoyons quotidiennement et pour lesquels nous nous contentons d’imaginer un avenir architectural sans nous interroger sur l’intérêt de leur état présent.

Par le choix des sujets qu’il étudie, le travail de peinture de Florian Vanderdonckt relève d’une approche rigoureuse avec un exigence affirmée d’objectivité qui se révèle de la même démarche que celle des encyclopédistes.

Ses réalisations constituent une collection de zones urbaines pour lesquelles il a de l’attachement, qui le touchent et desquelles il est capable d’apprécier la beauté.

C’est au moment de l’élaboration des peintures que cette sensibilité s’affirme.

Saisir les états transitoires de l’environnement comme pour éviter qu’ils ne disparaissent définitivement, permettre aux regardeurs de ses toiles d’admirer le provisoire, mettre en exergue l’instant fugace de sa rencontre avec certains terrains pour les rendre éternels avant leur effacement de la réalité territoriale.

A l’instant de l’élaboration de ses peintures, il ne se limite pas à retranscrire ces paysages qu’il apprécie, il les sublime, dans certaines œuvres il les recompose et les réagence pour souligner leurs caractéristiques intrinsèques, assouvir son souhait de les rendre immortels et accentuer sa vision d’un urbanisme à l’image de la société de consommation.

L’obsolescence programmée de l’architecture s’impose alors comme celle d’un aspirateur ou d’une cafetière.

A travers la peinture de Florian Vanderdonckt transparait que le durable n’est plus, le temporaire est à l’ordre du jour et les procédés élaborés par la grande distribution semblent s’appliquer à la ville.

Édification d’une nouvelle esthétique paysagère, déchiffrer la société.

Dès l’Antiquité, quand la nature a progressivement pris de plus en plus d’importance au détriment des personnages, la peinture a orienté et façonné notre regard vers certains espaces édifiant des modèles paysagers.

Ainsi dans la conscience collective un archétype de paysages remarquables est fortement ancrée. Nous sommes tributaires de modèles paysagers d’une part et conditionnés par des connotations inhérentes à un autre genre de site d’autre part.

Au delà de ses points de vue pré-conçus, Florian Vanderdonckt développe dans sa peinture une volonté de créer un représentation des espaces qu’il sélectionne fidèle à la perception vécue qu’il en a eu en tant qu’observateur.

Détaché des clichés et des à priori sur la valeur communément reconnue des paysages, son travail pointe l’admirable du banal, l’exemplaire du quelconque et la poésie intrinsèque aux espaces que nous avons tous les jours sous les yeux sans y trouver à première vue la moindre beauté.

A travers ses peintures, Florian Vanderdonckt incite le regardeur à reconsidérer les standards esthétiques conventionnels.

Le beau n’est peut-être pas uniquement là où on nous a éduqué à le voir. Sous le prisme de sa peinture, un paysage producteur d’émotions peut prendre une forme inattendue de prime abord.

Outre les notions qu’il met en jeu en jetant son dévolu sur le genre d’espace qu’il peint et que nous avons évoqué précédemment, il est manifeste qu’il fasse germer en chacun de nous une curiosité nouvelle sur notre environnement.

Il surgit alors de son travail que lire les paysages qu’il choisit comme sujet témoigne de sa détermination à déchiffrer la société.

L’agencement des espaces dans le maillage urbain en dit long sur les politiques des villes; la considération de leur valeur en dit long sur le fonctionnement et les comportements des hommes.

Le paysage est en lien étroit avec la société et la manière dont Florian Vanderdonckt le traite dévoile son intention d’en comprendre les tenant et les aboutissants.

L’architecture, surtout si elle est conçue par de célèbres noms, apporte une plus value aux villes et les urbanistes qui en sont les gestionnaires se mènent une guerre acharnée pour obtenir le dernier écrin à la mode signé Norman Foster, Herzog et De Meuron ou Jean Nouvel.

Ces joyaux architecturaux assurent la promotion des villes et l’affluence touristique, ils sont l’emballage éblouissant de nos bibliothèques, de nos centres d’art, de nos mairies et autres espaces culturels.

En les peignant après avoir peint des chantiers, des parkings et des gravats, Florian Vanderdonckt montre un phénomène de société propre à notre époque.

Nous vivons à l’ère du paraître et du bling-bling et l’architecture aussi intelligente et novatrice soit-elle, joue le jeu du “plein la vue” au service des idéaux politiques.

L’habitant lambda n’a que faire des grands noms et de leurs performances architecturales, il reconnait certainement l’esthétique indéniable de leurs créations et le génie de leurs innovations. Cependant, ne perdons pas de vue que le sensible et l’émoi se trouvent également dans les paysages les plus communs, y compris dans leur aspect vétuste, détérioré, négligé, en ruine et ignoré; surement car ils nous renvoient à notre propre condition.

Une condition d’anonymes qui se côtoient sans se prendre en considération, qui tentent à tout prix d’affirmer leur singularité en hurlant leur platitude sur les réseaux sociaux ou autres “moyens d’expression libre”, qui consomment sans prendre la mesure de leurs besoins.

Voilà la piqure de rappel que nous fait la pratique de Florian Vanderdonckt, à travers ses peintures et les paysages qui en font l’objet c’est notre rapport au monde et à l’autre auquel nous sommes confrontés.

« l’observateur et l’expérimentateur sont les seuls qui travaillent à la puissance et au bonheur de l’homme, en le rendant peu à peu le maître de la nature. Il n’y a ni noblesse, ni dignité, ni beauté, ni moralité à ne pas avoir, à mentir, à prétendre qu’on se hausse davantage dans l’erreur et dans la confusion. Les seules œuvres grandes et morales sont les œuvres de vérité »

Émile Zola, Le Roman expérimental, 1880

Floriana Marty

Ξ    Mise à jour : 18 juin 2018   Ξ    Mentions légales